… Nos peines
Il est bon parfois de raconter ses épreuves, mais ne le faîtes qu’à un ami expérimenté et discret, qui puisse vous aider à éclaircir votre position spirituelle et à mieux vous confier au Seigneur. Le besoin de parler de nous et de ce dont nous souffrons, nous pousse à chercher un certain soulagement par ce moyen-là ; mais notre cœur, déchargé en partie, n’a plus dès lors assez d’énergie pour apporter son fardeau à Dieu Lui-même. Je regrette d’avoir servi trop complaisamment à recueillir des confidences de ce genre, ne comprenant pas je me plaçais ainsi entre Christ et l’âme chargée, qui venait à moi plus volontiers qu’à l’Ami invisible, seul vrai consolateur.
Mais quand un pauvre cœur troublé vient à vous pour être aidé à trouver le Sauveur, et à mieux connaître le chemin qui conduit à Lui, ah ! ne le rebutez pas ! Il est des situations spirituelles tellement complexes, que la personne qui s’y trouve est trop aveuglée pour voir une issue. Vous qui n’êtes pas engagé dans les mêmes difficultés, ou qui en êtes délivré, tendez une main secourable à celui dont les pieds enfoncent dans les eaux profondes de l’épreuve et qui ne voit pas aussi bien que vous son erreur ! Nous pouvons alors lui indiquer le but du Dieu qui corrige, et les résultats sanctifiants qui résulteront de la douleur. Nous pouvons aussi arrêter le murmure dès qu’il éclôt sur les lèvres et montrer une sympathie précieuse aux isolés et aux délaissés. Mais que notre ambition soit avant tout de soutenir les pas chancelants en vue de les diriger plus sûrement vers Jésus. Comme un poteau indicateur sur la route, montrons toujours Christ et ne soyons pas séduits ni satisfaits par la reconnaissance et l’affection de ceux qui cherchent en nous un appui. Si la tâche est déicate, elle est sainte et belle.
Il y a des cœurs de chrétiens qui gardent bien au fond de redoutables secrets, et qui ont même pris l’engagement avec eux-mêmes de n’en parler à personne. Forcez, forcez la port ! Que ces cœurs finissent par s’ouvrir devant vous. Les secrets, les regrets amers dévorent ceux qui les conservent comme des trésors. Ce sont des ferments de murmures, des occasions de douter de l’amour de Dieu. D’une main délicate et sûre, ouvrez ces cachettes fermées aux verrous, et mettez au jour ces redoutables mystères. Quand une âme peut les dévoiler en sûreté devant une personne qui a su gagner sa confiance, elle comprend tout de suite ses torts et juge ses propres sentiments ainsi formulés. Tandis qu’ils étaient relégués dans les obscures chambres de ses souvenirs, elle n’y trouvait que des énigmes insolubles ; mais voilà l’idole, voilà le doute, voilà le regret qui se montrent tels qu’ils sont : des ennemis révoltés contre Dieu. Aidez ces chrétiens ainsi rongés en dedans à mettre l’accent sur leur propre péché et à les condamner ; leur délivrance sera sûre et prompte, et vous aurez fait une bonne œuvre à leur égard.
Pour vous guider dans cette tâche difficile, voyez tout d’abord si la personne qui s’ouvre à vous a le cœur droit, si elle veut bien réellement être guérie de sa souffrance, même quand il faudrait la condamner, et si elle cherche avant tout la sainteté. Ces dispositions sont nécessaires ; sans elles, ses révélations intimes ne serviront qu’à lui faire déposer son fardeau sur votre propre cœur pour l’assombrir et l’accabler, et vous n’arriverez pas à la conduire à Jésus, le grand Libérateur.
C.H.Spurgeon
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite.